Chaussures de Luxe
Chaussures de Luxe

L'actualité des chaussures de luxe et des bottiers de prestige


Collectionneur de belles chaussures : l'histoire sans fin


Ca y est, vous allez passer du stade de simple amateur de chaussures à collectionneur. Ce qui peut vous apparaître comme une évolution logique va également s’accompagner d’un chemin de croix, d’un sacerdoce, d’une forme d’engagement total. Et va aussi drôlement vous compliquer la vie ! Vous l’ignorez peut-être encore, mais la constitution d’une collection de chaussures digne de ce nom, entendez par là composée d’au moins vingt paires, est non seulement d’une grande complexité, mais de plus ne s’achève jamais vraiment… Ce qui la rend passionnante certes, mais aussi coûteuse et responsable parfois d’un grand sentiment de solitude.


Mocassin Lupin Aubercy
Pour cette vingtaine de paires, examinons d’abord le programme imposé : il va falloir au moins huit richelieus, car c’est sans conteste le patronage le plus élégant. On veillera à alterner équitablement bout golf lisses, fleuris, bouts droits, onecuts dans tous les coloris disponibles. On a là une bonne base de départ. Ajouter à cela trois derbies, jamais noirs, malheureux, hérésie absolue comme chacun sait.
 
Ensuite, pour le programme libre, on se penchera sur les quelques mocassins élégants du marché, le Lupin d’Aubercy, le Warhol de Berluti, le Lopez de Lobb, le Conti de Weston et le Rascal de Corthay par exemple. On en retiendra trois paires, et une paire de Tod’s –oui, elles s’usent vite mais on s’en fiche, on est un peu snobs– et pour le casual chic, un 180 Weston, plutôt en commande spéciale.
 
Faisons les comptes, nous en sommes déjà à seize paires. Pour les quatre restantes, une incontournable paire de chukka boots –Crockett & Jones en est le spécialiste-, un derby à boucle comme le somptueux Lobb Matta, une paire de baskets chic de type Hogan ou Santoni et pour conclure, pourquoi pas des loafers à pampilles de chez Alden en Cordovan, à éviter pour les amis des équidés toutefois, le Cordovan n’étant rien d’autre que du cul de cheval. Ne croyez pas vous en tirer à si bon compte, car outre les embauchoirs bois comme il se doit sur toutes les paires, il vous faudra le dressing qui va héberger cette encombrante collection. L’idéal sera de dédier une pièce entière à votre garde-robe, ainsi vous serez tranquille. Une âpre négociation avec votre épouse vous conduira peut-être à accueillir la table à repasser et l’aspirateur familial. Mais si votre liberté est à ce prix, acceptez.

Mocassin JM Weston 180
Le vrai dilemme du collectionneur est qu’en bon maniaco-dépressif il ne supporte pas le moindre accroc ni le vieillissement. C’est en cela qu’une collection est toujours plus ou moins en chantier. Il suffira qu’une personne âgée vous aplatisse le bout dur d’un coup de Scholl dans l’autobus, ou qu’un orage sévère ruine totalement de délicats escarpins pour éprouver une aversion irréversible pour la paire endommagée. Vos goûts aussi vont évoluer avec le temps, et favoriser la revente et le rachat de paires, pour tendre vers une quête improbable de perfection. Trouver des gentils amis faisant la même pointure que vous et prêts à vous racheter les paires à bon compte est une solution intéressante.
 
A ce rythme, quand vous aurez 80 ans, vous pourrez enfin vous vanter d’avoir achevé votre collection de souliers. C’est à ce moment-là que vous les lèguerez à votre descendance, car de toutes façons, il est probable que vous ne porterez plus que des Méphisto. Vous pourrez d’ailleurs en commencer la collection. Qui sait, ils font peut-être, eux aussi, des Commandes Spéciales.

David Not

Richelieu John Lobb, modèle Saunton

Jean philippe Tarot | publié le Jeudi 25 Décembre 2014 | Lu 2621 fois


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