Chaussures de Luxe
Chaussures de Luxe
L'actualité des chaussures de luxe et des bottiers de prestige

Shoe freak, c’est chic ! par David Not


Petit flashback. Nous sommes en mai 1989, et pour mes dix-huit ans, je vais faire l’acquisition de ma première paire de beaux souliers ! Ne voulant rien devoir à personne, je décide de la financer grâce à un abominable stage d’été dans une usine de fabrication de roulements à billes. Mon choix, guère original me direz-vous, se porte sur des mocassins Weston noirs. Et cette paire, tant convoitée, marque un tournant décisif : le « mal-chausser » ne passera plus par moi.


Copyright Edward Green
Après plusieurs « Janson » en gold, bordeaux, chocolat et même l’improbable bleu marine, les Golf, les demi-chasse, viendront les Church’s Grafton en cuir Bookbinder 100% rigide, ou encore des Penny Loafers Sebago sous la bride desquels j’avais glissé 50 centimes, à l’américaine.

Le tout porté avec des Burlington à motifs Argyle et une Barbour Beaufort qui fleurait bon l’huile de colza. Mes parents, d’abord amusés, réaliseront bien vite que cette passion naissante va se transformer en une irréversible… et coûteuse addiction.

Vers la trentaine, ma collection s’étoffe, et outre J.M. Weston, je fréquente John Lobb, Edward Green ou Berluti. Après mes parents, l’incompréhension a gagné ma compagne. Il suffit que je convoite une nouvelle paire de richelieus pour qu’elle me rétorque qu’elle est identique aux huit autres que j’ai déjà.

Ca m’énerve, c’est n’importe quoi ! Ne vois-tu donc pas, jeune effrontée, que les coutures sont différentes ? De toutes façons, je les veux absolument. Il me faut encore faire face à un dernier adversaire, le conseiller de vente, qui, armé de son chausse-pied dans la poche, a l’art et la manière de vendre ce qu’il a en stock.

Copyright Edward Green
A travers toutes ces années, j’ai réalisé que les chaussures de luxe sont des produits très pointus et techniques, et restent un achat vraiment personnel. Trop écouter un vendeur peut facilement induire en erreur…

Morceaux choisis :
- Euh…elles me serrent, c’est normal ?
- Mais bien sûr Monsieur, c’est un cuir qui se dilate. C’est une largeur B, très élégante. Sachez que ce modèle a été porté par Brad Pitt dans Ocean’s Eleven. Attention je n’en ai plus qu’une seule paire dans votre taille. C’est à vous de voir. Je vous rajoute les embauchoirs, Monsieur ? Vous n’êtes pas tenu de les prendre, mais la transpiration intérieure ne sèchera jamais, ce qui provoquera un taux d’humidité de 99% et qui pourra dans certains cas, déboucher sur un début de gangrène et entraîner l’amputation.
- Ah…bon…d’accord, je les prends.


Malgré encore quelques errements dans mes choix, me voici, à l’approche de mes quarante ans, à la tête d’une solide collection patiemment élaborée depuis ma première paire. La crise, qui est passée par là, aura eu pour effet de me rendre plus exigeant et plus sélectif. Fini le temps de l’arrogance pour les marques, qui font profil bas et rivalisent d’inventivité pour nous séduire, peaufinant leurs gammes, ouvrant des boutiques en propre, améliorant l’accueil et le service.

C’est sans aucun complexe que je sirote des Nespresso chez J.M. Weston, patauge dans la sciure chez Pierre Corthay, discute « lasts » chez Edward Green, glace mes escarpins au Dom Pérignon chez Berluti... Lassé du prêt-à-chausser standard, je me tourne vers les commandes spéciales, notamment chez J.M. Weston où l’on excelle en la matière, et je m’intéresse à tous les bottiers en vue d’acquérir une paire sur mesure, qui marquerait l’apothéose de cette quête obsessionnelle du soulier idéal.

Beaucoup de mes proches, lassés, se sont quelque peu éloignés, mais j’ai rencontré plein de chouettes amis qui me ressemblent, avec lesquels nous organisons de passionnants dîners où l’on disserte sur la qualité des élastiques de nos chaussettes ou sur la supériorité esthétique des lacets plats.

Et si, malgré la mondialisation rampante, les OGM et le trou dans la couche d’ozone, les grands chausseurs existent encore dans trente ans, il y a fort à parier que je traînerai toujours mes guêtres devant leurs boutiques à contempler les chefs-d’œuvre exposés en vitrines. Avec dans les yeux toute la candeur et l’émotion de l’enfant que je suis toujours resté.

Article publié avec l’aimable autorisation du magazine Monsieur n°82

Jean philippe Tarot | publié le Mercredi 25 Mai 2011 | Lu 3569 fois


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